Seiko Bell matic. Un voyage dans le temps.

seiko bell matic la montre réveil par Hervé Le Gall

Bell matic. Une montre-réveil automatique délicieusement vintage.

Quand je l’ai vue, sur le site de vente aux enchères, j’ai immédiatement su que, par la porte ou par la fenêtre, cette montre était faite pour moi et que j’allais l’acheter. Je ne sais pas trop ce qui m’a plu dans cette montre, sans doute en premier lieu le fait que ça soit une Seiko Bell matic, une montre des années soixante-dix, automatique, au look délicieusement vintage, toute simple, sans fioriture, avec cette capacité de sonner. Car la Bell matic est une montre-réveil automatique, comme son nom l’indique. Était-ce ce cadran bleu qui m’a séduit ? Sans doute aussi. J’avais une montre à cadran bleu métal, lorsque j’étais enfant, une montre que j’ai perdu, comme quelques autres. En tout cas pas comme la Seiko 6139-7060 qui ne me quitte plus depuis qu’elle a été restaurée il y a quelques semaines. Une fois l’enchère gagnée, j’étais dans l’angoisse de l’attente. Allait-elle tenir ses promesses, être aussi belle qu’elle en avait l’air ? Après un long déballage (le vendeur l’avait copieusement suremballée), je découvrais enfin la belle, aussi désirable en vrai que sur les photos. Cette montre semblait comme neuve, si neuve que je contactais illico le vendeur pour savoir si certaines pièces ne provenaient pas de l’aftermarket. Mes craintes n’étaient pas justifiées, ma Bell matic avait simplement traversé les décennies sans quasiment jamais avoir été portée…

Bell matic. Un peu d’histoire…
La première Bell matic 4006-7000 fut présentée au Japon par Seiko en 1966. Une innovation, c’était la première montre-réveil au monde avec un mouvement central rotor automatique. L’année suivante, un modèle spécial destiné aux hommes d’affaires était proposé, surnommé Business bell (le réveil des affaires) mais la production de cette montre fut stoppée au bout de quelques mois de production. Une Bell matic (calibre 4005A) qui comportait uniquement la date fut introduite au milieu de l’année 1968 et produite pendant un an environ. Au milieu de l’année 1969, un dérivé du modèle 4006A (17J) fut introduit. C’est ce modèle qui a été utilisé dans presque tous les modèles de Bell matic produites après cette date, à l’exception des modèles 7011/7012 qui étaient probablement destinés au JDM (Japan Domestic Market).

Pour la petite histoire, les premières Bell matic comportaient 27 rubis. Mais, à cause des tarifs douaniers élevés imposés par les États-Unis sur les montres disposant de nombreux rubis, Seiko décida d’abaisser le nombre de rubis sur le modèle 4006s, exporté aux États-Unis sous la barre des 21 rubis. Cette modification permit à Seiko d’exporter sa production vers les États-Unis, sans subir de trop lourds tarifs d’importation. La décision de baisser le nombre à 17 rubis a donc probablement été prise pour économiser sur les tarifs douaniers. Mais pourquoi 17 et pas 21 ? Le nombre de 17 rubis est le nombre minimum pour qu’une montre puisse être considérée comme « fully jeweled ».

La ligne Bell matic fut interrompue en 1978. Il convient de noter qu’en de très rares occasions, on trouve certains boîtiers datés de 1979 mais il s’agit de montres pour réparation qui ne quittaient pas l’usine en temps que montre complète. J’ai daté ma Bell matic, elle fut produite en avril 1973. Pour une montre de quarante deux ans, elle reste incroyablement véloce. Elle tient l’heure vaille que vaille et elle sonne fièrement, comme pour rappeler que finalement le temps n’a aucune emprise sur elle. On trouve des Bell matic à des prix très raisonnables et cette jolie montre a été déclinée dans de nombreuses variations par Seiko. À chaque fois, le point commun entre toutes les Bell matic, c’est cette simplicté dans le design, cette classe intemporelle et cette petite touche vintage qui les rendent définitivement uniques.

voir FAM, le forum de discussions sur les montres anciennes et modernes

Seiko 6139-7060. L’histoire d’une montre oubliée.

montre seiko 6139 7060 sur le blog reuz

Seiko 6139. Un chronographe d’une redoutable précision.

Je l’avais complètement oubliée. C’est en vidant des meubles que je l’ai retrouvée, sous un tas de vieux papiers, dans le fond d’un tiroir. Quand je l’ai vue, c’est fou, mais plein de souvenirs sont remontés à la surface. Cette montre, c’était le cadeau que ma mère m’avait fait pour mon anniversaire, mes dix neuf ans, en 1976. Il y a presque quarante ans. Une montre Seiko 6139-7060, un chronographe à mouvement automatique avec une classe folle, une montre à la fois simple, discrète, élégante et performante. Je pense que je l’avais repérée dans la vitrine du bijoutier et que j’avais dû faire passer le message discrètement à ma chère mère. Il faut dire qu’entre les montres et moi, ça a toujours été une histoire assez chaotique. Autrefois, j’avais une fâcheuse tendance à être tête en l’air et j’ai perdu, égaré, oublié de nombreuses montres, mais avec une constante, puisqu’il s’agissait toujours de montres Seiko. Finalement, cette montre est une survivante, puisqu’elle aura passé une bonne partie de son existence à dormir dans le fond d’un tiroir, sous une pile de vieux papiers. Car c’est ainsi. J’aime les montres mais j’en porte très peu, je suis un paradoxe vivant de l’amateur de montres. Peut-être avais-je gardé le traumatisme de toutes mes montres perdues, pour planquer ma Seiko 6139 dans le fond de ce tiroir ? Un tiroir qui n’a jamais été vidé, en près de quarante ans, jusqu’à ce jour de début 2015.

Elle était vraiment en sale état, la montre Seiko de ma jeunesse. Le verre était salement abimé et tenait par la vertu d’un morceau de ruban adhésif. Je l’ai prise en main et machinalement, je l’ai secouée pour activer le mécanisme, sans trop y croire. J’ai déclenché le chrono et il a démarré. Incroyable, après presque quarante ans de sommeil, ma montre Seiko 6139 reprenait vie comme si elle ne s’était jamais arrêtée. Je l’ai mise à l’heure exacte, comme ça, juste pour voir. Quelques heures plus tard, je constatais que non seulement la montre ne s’était pas arrêtée, mais qu’en plus elle conservait, comme par le passé, une redoutable précision. J’étais épaté. J’ai conservé ma montre dans ma poche pendant plusieurs jours, comparant son timing avec ma montre habituelle, une Seiko 7T62-OCV0 achetée en 2006 chez un vendeur online de Singapour. À l’époque, j’avais insisté auprès du vendeur pour acheter une montre automatique et celui-ci m’avait affirmé que le chronographe Seiko sur lequel j’avais jeté mon dévolu était bien une montre automatique. Elle l’était, effectivement, automatique mais le vendeur avait omis de préciser que cet automatisme nécessitait une pile ! Bref. La Seiko 6139 automatique tenait parfaitement, malgré son âge, la comparaison et la distance avec une montre trente ans plus jeune qu’elle. C’était décidé. J’allais la faire réviser et réparer.

J’ai envoyé la belle chez mon horloger, avec la ferme intention de retrouver celle que j’avais connue il y après de quatre décennies de cela. L’expert avait jaugé l’état de décrépitude, avisant l’adhésif qui maintenait le verre tant bien que mal. Rendez-vous était pris pour la fin de la semaine, j’allais savoir à quel sauce j’allais être mangé et le prix à payer pour retrouver un peu d’émotion de ma jeunesse. J’appréhendais l’annonce de la douloureuse et je ne fus pas déçu. Mon horloger m’annonçait un devis de réparation stratosphérique, tellement élevé que j’en eus la voix coupée pendant un moment. Je devais donc renoncer, mettre ma Seiko 6139 dans une jolie boîte en bois et l’oublier pour toujours. Mais il était dit que l’histoire n’était pas écrite. J’ai fait quelques recherches sur internet et je me suis souvenu d’un forum de passionnés d’horlogerie et de montres sur lequel il m’arrivait de trouver des informations sur les montres en général et Seiko en particulier. Le forum à montres, connu aussi sous ses initiales FAM, était un repère de passionnés de montres, de toutes les montres. S’il y avait un endroit où je pouvais trouver des ressources, c’était bien là. C’est comme ça qu’un jour, j’ai repéré Peter. Une rencontre qui allait s’avérer décisive.

Peter est allemand, il vit sa retraite paisible en France et c’est un fervent passionné d’horlogerie et de montres. C’est aussi un collectionneur qui a une prédilection pour les montres japonaises et sur le sujet Seiko, il est intarissable. S’il existait une personne capable de me donner un avis autorisé sur ma Seiko 6139, c’était Peter. Nous avons échangé sur le sujet par email et par téléphone et la décision fut rapidement prise de lui expédier la belle afin qu’il l’inspecte de son œil avisé et expert. Je ne le savais pas encore mais ma Seiko 6139 était déjà sur le chemin de sa renaissance. Entre les mains de Peter, elle fut entièrement démontée, pièce par pièce, nettoyée, délicatement huilée, les quelques rares pièces fatiguées étant changées par des pièces d’origine. Car Peter, non content d’être un collectionneur avisé, est aussi un archiviste, un conservateur de pièces détachées d’origine Seiko. Je recevais régulièrement des emails accompagnés de photos de ma belle sur le billard, les ressorts et les engrenages à l’air, sans trop y comprendre grand chose d’ailleurs, mais je savais que nous allions vers les beaux jours… Finalement, après un changement de verre, un léger polissage du boîtier pour lui rendre un peu de sa brillance d’antan et quelques opérations sur les aiguilles et le cadran, je recevais, émerveillé et un peu jaloux, une photo de ma belle au poignet de Peter. Séquence émotion, mais ça n’était rien à côté des retrouvailles.

J’ai reçu ma montre en colissimo recommandé un beau matin, elle reposait dans sa boîte de transport blindée et Peter l’avait logée dans une enveloppe à bulles. Dans un petit sachet bleu, Peter a joint les pièces changées, un souci du détail bien germanique. Mes premières pensées sont allées à ma chère mère dont je ne doute pas un seul instant qu’elle aurait été très fière de retrouver cette montre à mon poignet. J’ai mis ma Seiko 6139 à l’heure, réglé le jour (en français s’il vous plait) et la date, puis la belle a rejoint mon poignet avec sans doute une bonne dose de fierté. La trotteuse de couleur orange cavale autour du cadran en égrénant le temps qui passe avec sa redoutable exactitude. Chaque mouvement de mon poignet remonte automatiquement la montre, grâce à ce subtil système de balancier. J’ai retrouvé ma montre et avec elle sans doute un peu de ma jeunesse, de cette douce insouciance des années soixante dix. Je revois aussi le sourire de ma mère et je l’entends me sermonner, comme le jour où elle m’a offert cette magnifique montre : « Et celle-là, Hervé, promets-moi que tu ne la perdras jamais ! » Je te l’avais promis, maman. Une promesse est une promesse.

voir le forum à montres (FAM), pour les passionnés de montres

voir le site de Peter Lanczak à qui je dois le renaissance de ma Seiko 6139