Seiko SKX009, pourquoi j’ai enfin craqué pour cette montre légendaire.

Aussi loin que je m’en souvienne, mes montres sont signées Seiko. J’entretiens avec cette marque japonaise une relation affective liée à mon enfance. Dieu sait si ma mère aura fait preuve de patience, car lorsque j’étais enfant j’avais un travers très agaçant, pour les autres comme pour moi-même. J’étais très insouciant, donc tête en l’air, au sens propre comme au sens figuré. J’avais donc une propension à égarer ou à perdre mes affaires en général, avec une prédilection pour les montres en particulier. Combien ai-je perdu de montres Seiko ? Je préfère ne pas m’en souvenir. J’ai en mémoire la lunette Pepsi de l’une d’entre elles, une sublime montre de plongée oubliée sur un lavabo de salle de bain, aux îles Canaries. La même lunette que celle qui équipe la Seiko SKX009 que je viens de commander. Le jour de mes dix neuf ans, en 1976, ma mère m’a offert une nouvelle montre Seiko, un sublime mouvement 6139, me faisant promettre que celle-là, je ne la perdrai pas.Je l’ai un peu portée et puis un jour la montre est tombée et a perdu son verre. Elle a fini dans le fond d’un tiroir où elle a dormi pendant plusieurs dizaines d’années, avant d’être restaurée en 2015 par mon ami Peter Lanczak. Les rares fois où j’ai porté une montre, il s’agissait toujours d’objets sans valeur, ne présentant aucun risque majeur en cas de perte. Il y une dizaine d’années, en 2006, j’ai finalement acheté une montre Seiko chronographe, une montre à pile. On était loin de la magie du mouvement automatique. Au fil du temps, j’ai acheté ici et là des montres que je n’ai jamais portées, toujours en Seiko avec un petit coup de cœur pour la Bellmatic. Mais j’ai toujours gardé en mémoire la lunette Pepsi et le cadran bleu nuit de la montre de mon adolescence, celle qui m’accompagnait dans mes virées de chasse sous-marine. Lorsque mon regard s’est posé sur la montre Seiko SKX009 j’ai su que c’était elle. Qu’elle était la nouvelle montre de ma vie.

Montre Seiko SKX009, pourquoi j'ai enfin craqué pour cette montre légendaire.

Seiko SKX009. Made in Japan

• La Hollande, l’autre pays des montres

J’avais entendu parler de Rob Van Herpt, un hollandais passionné de montres, spécialisé dans les mods, cette pratique consistant à modifier une montre pour la personnaliser et la rendre unique. De vous à moi, je me méfie comme de la peste des mods, car bien souvent le résultat me semble dénaturer la beauté et l’élégance simple qui font l’attrait de la Seiko SKX009 (comme de la SKX007 d’ailleurs). En revanche, je n’avais rien contre un changement du verre d’origine. Mais surtout, je savais que Rob fournissait une montre présentant deux qualités essentielles à mes yeux. D’abord, il s’agissait d’un modèle J (made in Japan), ensuite d’une montre équipée d’un dateur en français. Il faut savoir que Seiko produit deux séries de montres, la série J, réalisée et assemblée au Japon, qui porte la mention made in Japan, la série K, assemblée en Malaisie, qui ne porte aucune mention d’origine. Pour moi, ayant toujours possédé des montres estampillées made in Japan (à l’exception probable de ma montre Seiko chronographe à pile), il me semblait naturel que ma Seiko SKX009 soit née au pays du soleil levant. Si en plus le dateur était en français, c’était double bonus, sans même évoquer mon attachement avec le Japon. De plus, la différence de prix entre un modèle J et un modèle K (quelques dizaines d’euro tout au plus) n’était pas vraiment un obstacle.

• Où acheter Seiko SKX009 ?

Puisque je parle du prix, il faut noter que Rob étant hollandais, le prix demandé sur sa boutique de 215€ inclut la TVA (21% aux Pays Bas). Communauté européenne oblige, il n’y a pas d’angoisse à avoir en matière d’éventuels frais de douane à l’arrivée en France. À première vue, les tarifs pratiqués par les boutiques basées à Singapour semblent plus attractifs qu’en France. Il convient de rappeler qu’il s’agit d’un prix hors taxes. En clair, une Seiko SKX009 modèle J affichée à 193€ dans une boutique en ligne comme Creationwatches coûte en réalité 231,60€ si on ajoute la TVA en vigueur en France, soit, mine de rien, plus de 16€ plus cher qu’en Hollande. Cela dit, 16€ c’est peu ou prou le montant des frais de port demandés par Robokies, alors que Creationwatches offre les frais de port. Mais… Le risque de paiement, au passage de la frontière, de cette taxe, majorée de droits de douane est bien réel et c’est pour ma part un risque que je n’ai pas voulu prendre. Sans même évoquer le dateur en anglais et une autre langue plus ou moins exotique, un détail qui, à lui seul, me fait renoncer à l’aventure asiatique. Bref, c’était décidé, Ma belle japonaise Seiko SKX009 J passerait d’abord par les mains expertes de notre ami hollandais et j’attendrais, fébrile, de découvrir son double dôme, sa couronne signée Seiko et son bracelet Waffle noir. Une aventurière unique pour laquelle j’ai déboursé la modique somme de 348€ toutes taxes comprises, frais de port inclus. C’est bien connu, quand on aime, on ne compte pas.

Montre Seiko SKX009, pourquoi j'ai enfin craqué pour cette montre légendaire.
Seiko SKX009 modèle J made in Japan. Les deux mods réalisées par Rob de Monsterwatches : le verre double dôme et la couronne signée du S de Seiko.

• Robokies, l’expérience client.

Retour sur mon expérience client avec la boutique Monsterwatches. J’ai passé ma commande le mercredi 25 juillet. Pour payer par Paypal, il fallait majorer le prix final de 4%, soit 14€ en sus. J’ai donc choisi de payer par virement bancaire, avec les petites galères liées à ce type de paiement. Il a fallu que je me déplace dans mon agence locale du Crédit agricole pour valider le compte sur lequel je voulais faire un virement. Je comprends que les vendeurs ne voient pas d’un bon œil les coûts largement prohibitifs demandés par Paypal, mais d’autres solutions plus avantageuses existent, comme Stripe. Dans le moment qui a suivi ma commande, j’ai reçu une confirmation automatique m’invitant à procéder au virement. Deux jours plus tard, le 27 juillet donc, un nouveau message m’a indiqué que ma commande était à l’étude. Et puis plus rien, silence radio. Un silence qui a duré dix jours durant lesquels je n’ai eu aucune nouvelle de ma commande. Finalement, le 6 août, j’ai reçu un message automatique m’indiquant que ma commande était terminée, qu’elle avait été expédiée par DPD, en m’indiquant un numéro de suivi. Deux jours plus tard, le 8 août, j’ai reçu un nouveau message automatique de Rob m’invitant à suivre mon colis sur le site de DPD avec un lien et un numéro de suivi. C’est aussi le moment où les français de Chronopost ont pris le relais, avec l’efficacité qu’on leur connaît. Globalement, je qualifierai mon expérience client de positive, à l’exception d’un manque notable de communication de la part de Rob. Laisser un client sans aucune nouvelle pendant dix jours ne me semble pas correct. J’espère que Monsterwatches améliorera ce point de détail à l’avenir.

• Read the fucking manual.

Finalement, seize jours après avoir commandé ma montre Seiko SKX009 J sur Monsterwatches, je l’ai reçue par Chronopost. Je vous passe sur la séquence émotion à l’ouverture du paquet. Premier constat, les papiers officiels sont là, la carte de garantie Seiko Europe tamponnée et à mon nom. Première surprise, aussi agréable qu’inattendue, la présence d’un second bracelet, une charmante attention de Rob. La belle, quand à elle, est soigneusement emballée dans un papier bulle. Comme je ne lis jamais (ja-mais !) le fucking manuel, j’ai essayé de mettre ma montre à l’heure à l’ancienne et évidemment, la couronne n’a rien voulu entendre. Je l’imaginais bloquée par je ne sais trop quel sortilège. Une heure plus tard, en relisant le manuel, j’ai réalisé que, étanchéité oblige sur cette plongeuse Seiko SKX009 J, il s’agit évidemment d’un remontoir vissable. Il faut donc d’abord le dévisser pour pouvoir régler la date et l’heure et éviter de faire ce genre de manipulation sous l’eau, de préférence. Avec tout ça, je n’ai même pas pris le temps d’admirer le travail réalisé par Robokies. Une fois la belle à l’heure, j’ai enfin pris enfin le temps de l’admirer…

Montre Seiko SKX009, pourquoi j'ai enfin craqué pour cette montre légendaire.
Seiko SKX009J et son bracelet Waffle noir. Un classique au catalogue Seiko depuis 1996.

• Seiko SKX009J 7S26-0020

Au risque de me répéter, cette montre Seiko SKX009J a une classe folle. La lunette Pepsi et le cadran bleu nuit, les index qui la rendent ultra lisible, de jour comme de nuit, la date en français, la couronne à 4 heures, couronne marquée du S de Seiko, une petite modification en option (35€) qui la rend un peu unique. Mais c’est le verre double dôme qui lui confère sa particularité, en remplaçant avantageusement le verre standard (cristal hardlex). Le verre est légèrement bombé et me semble rendre la lecture de l’heure sensiblement plus facile (même si pour la date, les lunettes sont toujours de rigueur). Les bracelets métalliques ne me conviennent pas et je n’aime pas les bracelets de type Nato, j’ai donc choisi un bracelet Waffle noir, pratique, solide, passe-partout et qui maintient bien la montre. Enfin, le diamètre de la Seiko SKX009 (42mm) convient parfaitement à la taille de mon poignet.

• Robokies, 10 points.

En conclusion, je suis très satisfait de mon acquisition. Elle me conforte dans la confiance que je porte à la marque Seiko et je pense qu’avec cette montre je vais faire un bon bout de chemin. Seiko SKX009 conjugue la simplicité et la pureté du design avec l’aspect rustique d’une plongeuse légendaire. La lunette Pepsi lui donne une allure d’aventurière qui n’a peur de rien, étanche à 20 bars (200 mètres, on a donc de la marge). Les modifications apportées par Rob de Monsterwatches sont discrètes et confèrent à cette montre son aspect unique : verre double dôme, couronne siglée. Le tout facturé à 348€ TTC port inclus, avec un bracelet Waffle en cadeau. Last, but not least, cette montre a deux particularités essentielles à mes yeux. D’abord un dateur en français. N’y voyez pas un excès de patriotisme, mais c’est toujours plus agréable de lire la date du jour dans la langue de Molière. Ensuite, la double mention, 21 jewels, made in Japan. D’aucuns y verront une forme de snobisme, certains vous assureront qu’un modèle K est strictement identique et de vous à moi, ils ne sont pas loin de la vérité. Chacun voit midi à sa porte. J’ai choisi la lettre J, car j’y ai un attachement particulier, pour quelques dizaines d’euro en supplément. Ce n’est pas cher payé, pour un petit plaisir en plus.

• voir la montre Seiko SKX009J sur le site Monsterwatches.

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Le couteau véritable Pradel, c’est une affaire famille.

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Un véritable Pradel, sinon rien.

Ce matin j’ai reçu un couteau. Un de plus ! Vous dirait ma dame qui ne comprend pas cette accumulation compulsive mais qui l’admet, ce qui est déjà un moindre mal. Compulsive, pas tout à fait. Passionnée, sans doute, impulsive, souvent, la plupart du temps. Et puis il ne s’agit pas de n’importe quel couteau. Ici pas de lame de Damas, pas de guillochage tarabiscoté, non. Un couteau c’est un manche, une lame et des rivets. Ça sert à couper, un couteau. C’est un objet utile, au quotidien, qui peut aussi vous sauver la vie. Un couteau comme ça, ça vient de Thiers, en France et nulle part ailleurs. Ce couteau-là, celui que j’aime, a été pensé à la moitié du 19è siècle par un thiernois du nom de Pradel Etienne et utilisé pendant des décennies par des générations de paysans et de marins et pas que des bretons, loin s’en faut. Des normands aussi. Tous les marins de l’hexagone, de Dieppe à Concarneau, de Brest à Marseille, de Dunkerque à Tamanrasset, tous ont eu un jour un couteau Pradel dans la poche et ce couteau a franchi avec eux les frontières du pays qui l’avait vu naître, pour parcourir toutes les mers du monde. Ironie du sort, l’un des tout premiers couteaux Véritable Pradel que j’ai acheté sur un site de vente aux enchères, il y a quelques années, venait d’un vendeur canadien basé à Terre-Neuve. Il s’agissait d’un couteau très ancien, datant probablement de la fin du 19è siècle, estampillé à la main d’une ancre et de la marque véritable Pradel. Ce couteau, trouvé dans un grenier de Terre-Neuve, était peut-être la propriété d’un marin breton ou normand qui avait quitté Saint Malo ou Fécamp pour venir pêcher la morue dans les estuaires de Saint-Laurent, sur les grands bancs de Terre-Neuve.

J’ai un attachement viscéral pour ce type de couteau, familial aussi. Dans la famille bretonne de mon père, qui puise ses racines dans le monde rural, à l’intérieur des terres, de Elliant à Melgven, de Beuzec-Conq à Rosporden, les employés ne quittaient la table que lorsque mon ancêtre, valet de ferme, avait replié son couteau. Dans la famille normande de ma mère, marins-pêcheurs de Dieppe, Henri Gréval, mon grand-père, promenait sa silhouette longiligne et claudiquante dans le quartier du Pollet et il y a fort à parier que dans la poche de son veston, il y avait aussi un couteau Pradel. L’un des premiers objets que j’ai trouvés dans le tiroir de la cuisine, chez mon beau-père Guillaume Marec à Douarnenez, qui fut marin pêcheur, puis officier dans la marchande, c’était un couteau Pradel. Le couteau reçu ce matin, lui, n’est pas un véritable Pradel, mais un véritable Brossard, estampillé de la célèbre cuillère. Mais qu’importe, il a la forme traditionnelle du couteau à talon carré inspiré des couteaux anglais de Sheffield, il est de la famille et surtout il fait partie de ces couteaux qu’on trouve encore aujourd’hui, avec un peu de chance, à l’état neuf. C’est ce que le collectionneur averti appelle un « neuf de vieux stock ». Trouver un couteau neuf alors qu’il a été fabriqué il y a trente ou quarante ans, voire plus, ça fait un peu plus qu’un petit plaisir. Les collectionneurs de couteaux sont aussi des conservateurs, des protecteurs de l’histoire.

De temps en temps, j’ouvre la vitrine, je prends un couteau en main, un véritable Pradel, un Brossard, ou un véritable faux Pradel, tant il est vrai que la marque a été honteusement plagiée. On croit souvent, à tort, que c’est le plagiat qui a tué l’entreprise crée par Étienne Pradel, rien n’est plus faux. Il suffit d’observer un couteau véritable Pradel, voire un véritable Brossard pour comprendre que c’est la perfection de la qualité du travail de nos maîtres couteliers qui a signé leur perte. J’ai dans ma poche depuis le tout début des années quatre-vingt le même couteau, un Collas médaille d’argent estampillé Pradel sur le talon de la lame, acheté sur le marché à un vendeur ambulant, devant les halles de Concarneau. La lame en acier carbone s’est usée, au fil du temps, certes, mais elle a encore de beaux jours devant elle, avant d’être remisée dans la vitrine. La trop grande qualité des produits thiernois n’a pas résisté à la concurrence des produits asiatiques et des pays passés maîtres dans l’art de la contrefaçon de masse à des prix dérisoires.

Le couteau Pradel, c’est plus qu’un couteau, c’est un héritage, une affaire de famille, un devoir de mémoire. Un bel objet né d’un savoir-faire séculaire, de paysans modestes qui travaillaient pour la coutellerie quand les occupations agricoles leur en laissaient le temps. Les ateliers de la rue de Barante à Thiers se sont tus, comme ceux de nombreux couteliers de la région thiernoise. En Bretagne aussi, la crise a durement touché celles et ceux qui vivaient de la pêche. Dans le quartier de Sainte Hélène à Douarnenez, on n’entend plus les sabots des artisanes rejoignant l’usine rouge au petit matin, on n’entend plus les marins pêcheurs sur Radio Conquet envoyant leur signal route-pêche. Pourtant. Tous les jours, je referme mon Pradel. Il fait ce bruit sec que je reconnaîtrais entre mille. Celui du couteau Pradel de mon grand-père Henri, de mes ancêtres, paysans et marin-pêcheurs. C’est ça. C’est plus qu’un simple couteau, c’est une fidélité à mes racines.

le couteau Véritable Pradel vous intéresse ? Je vous conseille la lecture de « Histoire d’un couteau » le livre de référence écrit par Joseph Pradel.