Seiko SKX009, pourquoi j’ai enfin craqué pour cette montre légendaire.

Aussi loin que je m’en souvienne, mes montres sont signées Seiko. J’entretiens avec cette marque japonaise une relation affective liée à mon enfance. Dieu sait si ma mère aura fait preuve de patience, car lorsque j’étais enfant j’avais un travers très agaçant, pour les autres comme pour moi-même. J’étais très insouciant, donc tête en l’air, au sens propre comme au sens figuré. J’avais donc une propension à égarer ou à perdre mes affaires en général, avec une prédilection pour les montres en particulier. Combien ai-je perdu de montres Seiko ? Je préfère ne pas m’en souvenir. J’ai en mémoire la lunette Pepsi de l’une d’entre elles, une sublime montre de plongée oubliée sur un lavabo de salle de bain, aux îles Canaries. La même lunette que celle qui équipe la Seiko SKX009 que je viens de commander. Le jour de mes dix neuf ans, en 1976, ma mère m’a offert une nouvelle montre Seiko, un sublime mouvement 6139, me faisant promettre que celle-là, je ne la perdrai pas.Je l’ai un peu portée et puis un jour la montre est tombée et a perdu son verre. Elle a fini dans le fond d’un tiroir où elle a dormi pendant plusieurs dizaines d’années, avant d’être restaurée en 2015 par mon ami Peter Lanczak. Les rares fois où j’ai porté une montre, il s’agissait toujours d’objets sans valeur, ne présentant aucun risque majeur en cas de perte. Il y une dizaine d’années, en 2006, j’ai finalement acheté une montre Seiko chronographe, une montre à pile. On était loin de la magie du mouvement automatique. Au fil du temps, j’ai acheté ici et là des montres que je n’ai jamais portées, toujours en Seiko avec un petit coup de cœur pour la Bellmatic. Mais j’ai toujours gardé en mémoire la lunette Pepsi et le cadran bleu nuit de la montre de mon adolescence, celle qui m’accompagnait dans mes virées de chasse sous-marine. Lorsque mon regard s’est posé sur la montre Seiko SKX009 j’ai su que c’était elle. Qu’elle était la nouvelle montre de ma vie.

Montre Seiko SKX009, pourquoi j'ai enfin craqué pour cette montre légendaire.

Seiko SKX009. Made in Japan

• La Hollande, l’autre pays des montres

J’avais entendu parler de Rob Van Herpt, un hollandais passionné de montres, spécialisé dans les mods, cette pratique consistant à modifier une montre pour la personnaliser et la rendre unique. De vous à moi, je me méfie comme de la peste des mods, car bien souvent le résultat me semble dénaturer la beauté et l’élégance simple qui font l’attrait de la Seiko SKX009 (comme de la SKX007 d’ailleurs). En revanche, je n’avais rien contre un changement du verre d’origine. Mais surtout, je savais que Rob fournissait une montre présentant deux qualités essentielles à mes yeux. D’abord, il s’agissait d’un modèle J (made in Japan), ensuite d’une montre équipée d’un dateur en français. Il faut savoir que Seiko produit deux séries de montres, la série J, réalisée et assemblée au Japon, qui porte la mention made in Japan, la série K, assemblée en Malaisie, qui ne porte aucune mention d’origine. Pour moi, ayant toujours possédé des montres estampillées made in Japan (à l’exception probable de ma montre Seiko chronographe à pile), il me semblait naturel que ma Seiko SKX009 soit née au pays du soleil levant. Si en plus le dateur était en français, c’était double bonus, sans même évoquer mon attachement avec le Japon. De plus, la différence de prix entre un modèle J et un modèle K (quelques dizaines d’euro tout au plus) n’était pas vraiment un obstacle.

• Où acheter Seiko SKX009 ?

Puisque je parle du prix, il faut noter que Rob étant hollandais, le prix demandé sur sa boutique de 215€ inclut la TVA (21% aux Pays Bas). Communauté européenne oblige, il n’y a pas d’angoisse à avoir en matière d’éventuels frais de douane à l’arrivée en France. À première vue, les tarifs pratiqués par les boutiques basées à Singapour semblent plus attractifs qu’en France. Il convient de rappeler qu’il s’agit d’un prix hors taxes. En clair, une Seiko SKX009 modèle J affichée à 193€ dans une boutique en ligne comme Creationwatches coûte en réalité 231,60€ si on ajoute la TVA en vigueur en France, soit, mine de rien, plus de 16€ plus cher qu’en Hollande. Cela dit, 16€ c’est peu ou prou le montant des frais de port demandés par Robokies, alors que Creationwatches offre les frais de port. Mais… Le risque de paiement, au passage de la frontière, de cette taxe, majorée de droits de douane est bien réel et c’est pour ma part un risque que je n’ai pas voulu prendre. Sans même évoquer le dateur en anglais et une autre langue plus ou moins exotique, un détail qui, à lui seul, me fait renoncer à l’aventure asiatique. Bref, c’était décidé, Ma belle japonaise Seiko SKX009 J passerait d’abord par les mains expertes de notre ami hollandais et j’attendrais, fébrile, de découvrir son double dôme, sa couronne signée Seiko et son bracelet Waffle noir. Une aventurière unique pour laquelle j’ai déboursé la modique somme de 348€ toutes taxes comprises, frais de port inclus. C’est bien connu, quand on aime, on ne compte pas.

Montre Seiko SKX009, pourquoi j'ai enfin craqué pour cette montre légendaire.
Seiko SKX009 modèle J made in Japan. Les deux mods réalisées par Rob de Monsterwatches : le verre double dôme et la couronne signée du S de Seiko.

• Robokies, l’expérience client.

Retour sur mon expérience client avec la boutique Monsterwatches. J’ai passé ma commande le mercredi 25 juillet. Pour payer par Paypal, il fallait majorer le prix final de 4%, soit 14€ en sus. J’ai donc choisi de payer par virement bancaire, avec les petites galères liées à ce type de paiement. Il a fallu que je me déplace dans mon agence locale du Crédit agricole pour valider le compte sur lequel je voulais faire un virement. Je comprends que les vendeurs ne voient pas d’un bon œil les coûts largement prohibitifs demandés par Paypal, mais d’autres solutions plus avantageuses existent, comme Stripe. Dans le moment qui a suivi ma commande, j’ai reçu une confirmation automatique m’invitant à procéder au virement. Deux jours plus tard, le 27 juillet donc, un nouveau message m’a indiqué que ma commande était à l’étude. Et puis plus rien, silence radio. Un silence qui a duré dix jours durant lesquels je n’ai eu aucune nouvelle de ma commande. Finalement, le 6 août, j’ai reçu un message automatique m’indiquant que ma commande était terminée, qu’elle avait été expédiée par DPD, en m’indiquant un numéro de suivi. Deux jours plus tard, le 8 août, j’ai reçu un nouveau message automatique de Rob m’invitant à suivre mon colis sur le site de DPD avec un lien et un numéro de suivi. C’est aussi le moment où les français de Chronopost ont pris le relais, avec l’efficacité qu’on leur connaît. Globalement, je qualifierai mon expérience client de positive, à l’exception d’un manque notable de communication de la part de Rob. Laisser un client sans aucune nouvelle pendant dix jours ne me semble pas correct. J’espère que Monsterwatches améliorera ce point de détail à l’avenir.

• Read the fucking manual.

Finalement, seize jours après avoir commandé ma montre Seiko SKX009 J sur Monsterwatches, je l’ai reçue par Chronopost. Je vous passe sur la séquence émotion à l’ouverture du paquet. Premier constat, les papiers officiels sont là, la carte de garantie Seiko Europe tamponnée et à mon nom. Première surprise, aussi agréable qu’inattendue, la présence d’un second bracelet, une charmante attention de Rob. La belle, quand à elle, est soigneusement emballée dans un papier bulle. Comme je ne lis jamais (ja-mais !) le fucking manuel, j’ai essayé de mettre ma montre à l’heure à l’ancienne et évidemment, la couronne n’a rien voulu entendre. Je l’imaginais bloquée par je ne sais trop quel sortilège. Une heure plus tard, en relisant le manuel, j’ai réalisé que, étanchéité oblige sur cette plongeuse Seiko SKX009 J, il s’agit évidemment d’un remontoir vissable. Il faut donc d’abord le dévisser pour pouvoir régler la date et l’heure et éviter de faire ce genre de manipulation sous l’eau, de préférence. Avec tout ça, je n’ai même pas pris le temps d’admirer le travail réalisé par Robokies. Une fois la belle à l’heure, j’ai enfin pris enfin le temps de l’admirer…

Montre Seiko SKX009, pourquoi j'ai enfin craqué pour cette montre légendaire.
Seiko SKX009J et son bracelet Waffle noir. Un classique au catalogue Seiko depuis 1996.

• Seiko SKX009J 7S26-0020

Au risque de me répéter, cette montre Seiko SKX009J a une classe folle. La lunette Pepsi et le cadran bleu nuit, les index qui la rendent ultra lisible, de jour comme de nuit, la date en français, la couronne à 4 heures, couronne marquée du S de Seiko, une petite modification en option (35€) qui la rend un peu unique. Mais c’est le verre double dôme qui lui confère sa particularité, en remplaçant avantageusement le verre standard (cristal hardlex). Le verre est légèrement bombé et me semble rendre la lecture de l’heure sensiblement plus facile (même si pour la date, les lunettes sont toujours de rigueur). Les bracelets métalliques ne me conviennent pas et je n’aime pas les bracelets de type Nato, j’ai donc choisi un bracelet Waffle noir, pratique, solide, passe-partout et qui maintient bien la montre. Enfin, le diamètre de la Seiko SKX009 (42mm) convient parfaitement à la taille de mon poignet.

• Robokies, 10 points.

En conclusion, je suis très satisfait de mon acquisition. Elle me conforte dans la confiance que je porte à la marque Seiko et je pense qu’avec cette montre je vais faire un bon bout de chemin. Seiko SKX009 conjugue la simplicité et la pureté du design avec l’aspect rustique d’une plongeuse légendaire. La lunette Pepsi lui donne une allure d’aventurière qui n’a peur de rien, étanche à 20 bars (200 mètres, on a donc de la marge). Les modifications apportées par Rob de Monsterwatches sont discrètes et confèrent à cette montre son aspect unique : verre double dôme, couronne siglée. Le tout facturé à 348€ TTC port inclus, avec un bracelet Waffle en cadeau. Last, but not least, cette montre a deux particularités essentielles à mes yeux. D’abord un dateur en français. N’y voyez pas un excès de patriotisme, mais c’est toujours plus agréable de lire la date du jour dans la langue de Molière. Ensuite, la double mention, 21 jewels, made in Japan. D’aucuns y verront une forme de snobisme, certains vous assureront qu’un modèle K est strictement identique et de vous à moi, ils ne sont pas loin de la vérité. Chacun voit midi à sa porte. J’ai choisi la lettre J, car j’y ai un attachement particulier, pour quelques dizaines d’euro en supplément. Ce n’est pas cher payé, pour un petit plaisir en plus.

• voir la montre Seiko SKX009J sur le site Monsterwatches.

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Le couteau Barge 11 un véritable Pradel qui ne dit pas son nom

couteau 11 barge 11 ancre de marine pradel chomette
Quel étrange couteau que celui reçu ce matin. D’abord, il n’a rien d’un couteau de marin, même si sa lame à pointe centrée est identique à celle qui équipe habituellement les couteaux Pradel. Le manche, quant à lui, est en bois, d’un matériau que je n’ai pas réussi à identifier, peut-être s’agit-il de chataîgnier ? La forme rappelle vaguement la ligne ondulante des couteaux paysans, comme l’Aurillac. Plus étrange encore est le marquage, 11 BARGE surmonté d’une ancre de marine. C’est ce détail qui a attiré mon attention, car je n’avais jamais vu jusqu’à ce jour un couteau associant la marque Barge à celle de la maison Pradel. Un petit retour historique s’impose.

Georges Pradel, le fils de Joseph Pradel qui dirige l’entreprise familiale au début du vingtième siècle, revient à la vie civile en 1919 après la première guerre mondiale. Georges seconde d’abord son père, puis prend sa suite. Le jeune entrepreneur décide de déménager du 27, rue de Barante, à Thiers, pour faire construire une nouvelle usine moderne au 13, rue de Chateldon. Cette construction sera achevée en 1927. L’année suivante, Georges s’associe avec son frère, Charles. Ils créent ensemble les Établissements G. & Ch. Pradel. C’est à cette époque que les frères Pradel rachètent l’affaire de Marc Barge et la marque 11 BARGE. La raison sociale de l’entreprise devient alors Établissements Pradel-Chomette et Barge-Collange (du nom de leur grand-père). Le rachat de Barge n’était pas le fruit du hasard. Les frères Pradel, en hommes d’affaires avisés, savaient que Barge était très introduit sur le marché espagnol et par voie de conséquence sur l’Amérique du sud, principal client importateur de la coutellerie française. Dans son livre passionnant consacré à l’histoire du couteau Pradel, Joseph Pradel raconte le voyage de 4000 kilomètres réalisé par son illustre aîné à travers l’Espagne. Il raconte aussi comment la France, décidant d’encourager la production de vin d’Algérie, suspendit les importations de vin espagnol. L’Espagne, en représailles, répliqua en fermant ses frontières à la coutellerie française.

Mon couteau Barge 11, qui est le survivant d’une grande époque, présente deux caractéristiques qui le rendent, je le crois, relativement unique. D’abord ce marquage, associant la marque 11 BARGE à l’historique ancre de marine, propriété de la société Pradel-Chomette & Barge-Collange. Ensuite – et surtout ! – son état exceptionnel de conservation. On a affaire ici à un vieux couteau neuf de stock qui n’a jamais été utilisé. Pour preuve, la lame est intacte, elle ne porte aucune trace d’usure ou de rayure. Le couteau lui-même est léger (49 grammes) si on le compare à un véritable Pradel traditionnel, la lame mesure 80mm, le couteau ouvert environ 185mm. Quatre mitres en métal fixent le manche en bois. La prise en main donne l’impression d’un couteau de qualité tout-venant, une impression accrue par le poids relativement léger du du couteau. Seule l’ancre de marine est là pour rappeler que c’est un Pradel, mais ce rappel demeure somme toute très discret. Ce couteau de qualité inférieure destiné à l’exportation vers l’Espagne et l’Amérique du sud devait être commercialisé à un prix concurrentiel. Pour moi, collectionneur de couteaux Pradel, c’est une rareté, un must, le souvenir d’une époque.

ce couteau est disponible à la vente sur notre boutique en ligne

• illustration : le couteau BARGE 11, estampillé de l’ancre Pradel-Chomette (crédit photo Hervé LE GALL).

Vous possédez ce type de couteau ? Vous en savez plus sur la datation, son époque de commercialisation ? Votre avis m’intéresse ! Vous pouvez laisser un commentaire ou me contacter en utilisant le formulaire en ligne.

Seiko Bell matic. Un voyage dans le temps.

seiko bell matic la montre réveil par Hervé Le Gall

Bell matic. Une montre-réveil automatique délicieusement vintage.

Quand je l’ai vue, sur le site de vente aux enchères, j’ai immédiatement su que, par la porte ou par la fenêtre, cette montre était faite pour moi et que j’allais l’acheter. Je ne sais pas trop ce qui m’a plu dans cette montre, sans doute en premier lieu le fait que ça soit une Seiko Bell matic, une montre des années soixante-dix, automatique, au look délicieusement vintage, toute simple, sans fioriture, avec cette capacité de sonner. Car la Bell matic est une montre-réveil automatique, comme son nom l’indique. Était-ce ce cadran bleu qui m’a séduit ? Sans doute aussi. J’avais une montre à cadran bleu métal, lorsque j’étais enfant, une montre que j’ai perdu, comme quelques autres. En tout cas pas comme la Seiko 6139-7060 qui ne me quitte plus depuis qu’elle a été restaurée il y a quelques semaines. Une fois l’enchère gagnée, j’étais dans l’angoisse de l’attente. Allait-elle tenir ses promesses, être aussi belle qu’elle en avait l’air ? Après un long déballage (le vendeur l’avait copieusement suremballée), je découvrais enfin la belle, aussi désirable en vrai que sur les photos. Cette montre semblait comme neuve, si neuve que je contactais illico le vendeur pour savoir si certaines pièces ne provenaient pas de l’aftermarket. Mes craintes n’étaient pas justifiées, ma Bell matic avait simplement traversé les décennies sans quasiment jamais avoir été portée…

Bell matic. Un peu d’histoire…
La première Bell matic 4006-7000 fut présentée au Japon par Seiko en 1966. Une innovation, c’était la première montre-réveil au monde avec un mouvement central rotor automatique. L’année suivante, un modèle spécial destiné aux hommes d’affaires était proposé, surnommé Business bell (le réveil des affaires) mais la production de cette montre fut stoppée au bout de quelques mois de production. Une Bell matic (calibre 4005A) qui comportait uniquement la date fut introduite au milieu de l’année 1968 et produite pendant un an environ. Au milieu de l’année 1969, un dérivé du modèle 4006A (17J) fut introduit. C’est ce modèle qui a été utilisé dans presque tous les modèles de Bell matic produites après cette date, à l’exception des modèles 7011/7012 qui étaient probablement destinés au JDM (Japan Domestic Market).

Pour la petite histoire, les premières Bell matic comportaient 27 rubis. Mais, à cause des tarifs douaniers élevés imposés par les États-Unis sur les montres disposant de nombreux rubis, Seiko décida d’abaisser le nombre de rubis sur le modèle 4006s, exporté aux États-Unis sous la barre des 21 rubis. Cette modification permit à Seiko d’exporter sa production vers les États-Unis, sans subir de trop lourds tarifs d’importation. La décision de baisser le nombre à 17 rubis a donc probablement été prise pour économiser sur les tarifs douaniers. Mais pourquoi 17 et pas 21 ? Le nombre de 17 rubis est le nombre minimum pour qu’une montre puisse être considérée comme « fully jeweled ».

La ligne Bell matic fut interrompue en 1978. Il convient de noter qu’en de très rares occasions, on trouve certains boîtiers datés de 1979 mais il s’agit de montres pour réparation qui ne quittaient pas l’usine en temps que montre complète. J’ai daté ma Bell matic, elle fut produite en avril 1973. Pour une montre de quarante deux ans, elle reste incroyablement véloce. Elle tient l’heure vaille que vaille et elle sonne fièrement, comme pour rappeler que finalement le temps n’a aucune emprise sur elle. On trouve des Bell matic à des prix très raisonnables et cette jolie montre a été déclinée dans de nombreuses variations par Seiko. À chaque fois, le point commun entre toutes les Bell matic, c’est cette simplicté dans le design, cette classe intemporelle et cette petite touche vintage qui les rendent définitivement uniques.

voir FAM, le forum de discussions sur les montres anciennes et modernes

Seiko 6139-7060. L’histoire d’une montre oubliée.

montre seiko 6139 7060 sur le blog reuz

Seiko 6139. Un chronographe d’une redoutable précision.

Je l’avais complètement oubliée. C’est en vidant des meubles que je l’ai retrouvée, sous un tas de vieux papiers, dans le fond d’un tiroir. Quand je l’ai vue, c’est fou, mais plein de souvenirs sont remontés à la surface. Cette montre, c’était le cadeau que ma mère m’avait fait pour mon anniversaire, mes dix neuf ans, en 1976. Il y a presque quarante ans. Une montre Seiko 6139-7060, un chronographe à mouvement automatique avec une classe folle, une montre à la fois simple, discrète, élégante et performante. Je pense que je l’avais repérée dans la vitrine du bijoutier et que j’avais dû faire passer le message discrètement à ma chère mère. Il faut dire qu’entre les montres et moi, ça a toujours été une histoire assez chaotique. Autrefois, j’avais une fâcheuse tendance à être tête en l’air et j’ai perdu, égaré, oublié de nombreuses montres, mais avec une constante, puisqu’il s’agissait toujours de montres Seiko. Finalement, cette montre est une survivante, puisqu’elle aura passé une bonne partie de son existence à dormir dans le fond d’un tiroir, sous une pile de vieux papiers. Car c’est ainsi. J’aime les montres mais j’en porte très peu, je suis un paradoxe vivant de l’amateur de montres. Peut-être avais-je gardé le traumatisme de toutes mes montres perdues, pour planquer ma Seiko 6139 dans le fond de ce tiroir ? Un tiroir qui n’a jamais été vidé, en près de quarante ans, jusqu’à ce jour de début 2015.

Elle était vraiment en sale état, la montre Seiko de ma jeunesse. Le verre était salement abimé et tenait par la vertu d’un morceau de ruban adhésif. Je l’ai prise en main et machinalement, je l’ai secouée pour activer le mécanisme, sans trop y croire. J’ai déclenché le chrono et il a démarré. Incroyable, après presque quarante ans de sommeil, ma montre Seiko 6139 reprenait vie comme si elle ne s’était jamais arrêtée. Je l’ai mise à l’heure exacte, comme ça, juste pour voir. Quelques heures plus tard, je constatais que non seulement la montre ne s’était pas arrêtée, mais qu’en plus elle conservait, comme par le passé, une redoutable précision. J’étais épaté. J’ai conservé ma montre dans ma poche pendant plusieurs jours, comparant son timing avec ma montre habituelle, une Seiko 7T62-OCV0 achetée en 2006 chez un vendeur online de Singapour. À l’époque, j’avais insisté auprès du vendeur pour acheter une montre automatique et celui-ci m’avait affirmé que le chronographe Seiko sur lequel j’avais jeté mon dévolu était bien une montre automatique. Elle l’était, effectivement, automatique mais le vendeur avait omis de préciser que cet automatisme nécessitait une pile ! Bref. La Seiko 6139 automatique tenait parfaitement, malgré son âge, la comparaison et la distance avec une montre trente ans plus jeune qu’elle. C’était décidé. J’allais la faire réviser et réparer.

J’ai envoyé la belle chez mon horloger, avec la ferme intention de retrouver celle que j’avais connue il y après de quatre décennies de cela. L’expert avait jaugé l’état de décrépitude, avisant l’adhésif qui maintenait le verre tant bien que mal. Rendez-vous était pris pour la fin de la semaine, j’allais savoir à quel sauce j’allais être mangé et le prix à payer pour retrouver un peu d’émotion de ma jeunesse. J’appréhendais l’annonce de la douloureuse et je ne fus pas déçu. Mon horloger m’annonçait un devis de réparation stratosphérique, tellement élevé que j’en eus la voix coupée pendant un moment. Je devais donc renoncer, mettre ma Seiko 6139 dans une jolie boîte en bois et l’oublier pour toujours. Mais il était dit que l’histoire n’était pas écrite. J’ai fait quelques recherches sur internet et je me suis souvenu d’un forum de passionnés d’horlogerie et de montres sur lequel il m’arrivait de trouver des informations sur les montres en général et Seiko en particulier. Le forum à montres, connu aussi sous ses initiales FAM, était un repère de passionnés de montres, de toutes les montres. S’il y avait un endroit où je pouvais trouver des ressources, c’était bien là. C’est comme ça qu’un jour, j’ai repéré Peter. Une rencontre qui allait s’avérer décisive.

Peter est allemand, il vit sa retraite paisible en France et c’est un fervent passionné d’horlogerie et de montres. C’est aussi un collectionneur qui a une prédilection pour les montres japonaises et sur le sujet Seiko, il est intarissable. S’il existait une personne capable de me donner un avis autorisé sur ma Seiko 6139, c’était Peter. Nous avons échangé sur le sujet par email et par téléphone et la décision fut rapidement prise de lui expédier la belle afin qu’il l’inspecte de son œil avisé et expert. Je ne le savais pas encore mais ma Seiko 6139 était déjà sur le chemin de sa renaissance. Entre les mains de Peter, elle fut entièrement démontée, pièce par pièce, nettoyée, délicatement huilée, les quelques rares pièces fatiguées étant changées par des pièces d’origine. Car Peter, non content d’être un collectionneur avisé, est aussi un archiviste, un conservateur de pièces détachées d’origine Seiko. Je recevais régulièrement des emails accompagnés de photos de ma belle sur le billard, les ressorts et les engrenages à l’air, sans trop y comprendre grand chose d’ailleurs, mais je savais que nous allions vers les beaux jours… Finalement, après un changement de verre, un léger polissage du boîtier pour lui rendre un peu de sa brillance d’antan et quelques opérations sur les aiguilles et le cadran, je recevais, émerveillé et un peu jaloux, une photo de ma belle au poignet de Peter. Séquence émotion, mais ça n’était rien à côté des retrouvailles.

J’ai reçu ma montre en colissimo recommandé un beau matin, elle reposait dans sa boîte de transport blindée et Peter l’avait logée dans une enveloppe à bulles. Dans un petit sachet bleu, Peter a joint les pièces changées, un souci du détail bien germanique. Mes premières pensées sont allées à ma chère mère dont je ne doute pas un seul instant qu’elle aurait été très fière de retrouver cette montre à mon poignet. J’ai mis ma Seiko 6139 à l’heure, réglé le jour (en français s’il vous plait) et la date, puis la belle a rejoint mon poignet avec sans doute une bonne dose de fierté. La trotteuse de couleur orange cavale autour du cadran en égrénant le temps qui passe avec sa redoutable exactitude. Chaque mouvement de mon poignet remonte automatiquement la montre, grâce à ce subtil système de balancier. J’ai retrouvé ma montre et avec elle sans doute un peu de ma jeunesse, de cette douce insouciance des années soixante dix. Je revois aussi le sourire de ma mère et je l’entends me sermonner, comme le jour où elle m’a offert cette magnifique montre : « Et celle-là, Hervé, promets-moi que tu ne la perdras jamais ! » Je te l’avais promis, maman. Une promesse est une promesse.

voir le forum à montres (FAM), pour les passionnés de montres

voir le site de Peter Lanczak à qui je dois le renaissance de ma Seiko 6139

Véritable Pradel a aussi produit des couteaux très ordinaires

couteaux véritable pradel collection reuz

Même Pradel a produit des couteaux ordinaires.

Je me suis souvent interrogé sur les raisons qui ont poussé à la disparition de marques aussi prestigieuses que Pradel-Brossard. J’ai beaucoup lu sur le sujet, j’ai essayé de comprendre comment une industrie florissante qui animait toute une région de France avait pu disparaître aussi brutalement, en l’espace de deux décennies on avait tiré un trait, ou quasiment, sur la coutellerie thiernoise. Toutes les marques qui avaient fait sa réputation, toutes ou presque, avaient disparu, rayées des cadres, effacées du livre. Bien sûr, on avait évoqué la concurrence asiatique, qui produit des couteaux estampillés Pradel à tour de bras pour trois francs six sous. J’avais lu que le gérant de feu Pradel-Brossard avait lâché l’affaire, baissé les bras, parce ce que, de son propre aveu, il ne voulait pas délocaliser, céder devant la concurrence asiatique, l’importation de sa production médiocre et on le comprend. Des couteaux Pradel, véritable Pradel, j’en ai quelques-uns, fabriqués pour la plupart au XIXè et XXè siècle, je peux témoigner du niveau qualitatif et du savoir-faire de cette industrie. Oui mais…

Cette industrie a aussi produit des couteaux de piètre qualité, même Pradel-Brossard. Pour preuve, j’ai reçu il y a quelques jours ce couteau deux-pièces (lame et poinçon) estampillé Véritable Pradel. Dieu merci, je ne l’ai pas payé cher (8€) et franchement il ne vaut guère plus, bien qu’il soit estampillé de l’ancre de marine et de la marque Véritable Pradel et que son origine ne fasse aucun doute. Compte tenu de son état, il s’agit d’un couteau neuf issu de vieux stock. La lame en acier carbone est neuve et porte quelques piqures dûes au temps. L’intérieur était un peu rouillé, j’ai nettoyé l’ensemble, correctement, avec la fameuse pâte à polir Perceval, que je vous conseille vivement et dont je vous parlerai un de ces jours. La construction du couteau lui-même est très décevante, surprenante même pour un couteau sorti des ateliers Pradel-Brossard. Les cotes sont en plastique, le retrait permettant le rangement du poinçon semble avoir été bâclé, taillé à la hussarde dans la plaquette, l’assemblage n’a pas été fait avec soin, il y a un léger jeu dans la lame, quant au poinçon je ne m’aviserais pas de tenter de l’utiliser. L’ensemble est invendable, ce qui explique sans doute qu’il soit arrivé en état neuf jusqu’à moi, au XXIè siècle. Mais c’est un véritable Pradel, et rien que pour ça il mérite, à mes yeux, le respect.

J’avais déjà par le passé croisé la route de couteaux très ordinaires, frappés de la marque Véritable Pradel. J’ai, par exemple, dans ma collection un petit canif en plastique jaune très laid que je vous montrerai un jour. Plus récemment, je vous ai parlé d’un couteau Barge 11 portant l’ancre de marine de la maison Pradel, là aussi il s’agit d’une production de moindre qualité visant un marché à l’export. Mais du point de vue qualitatif, avec ce couteau de marine aux plaquettes en toc, à la platine ajustée de manière très approximative, avec du jeu dans la lame et le poinçon, on touche le fond. Ce couteau fait injure à la tradition de qualité du véritable Pradel. Je n’ose pas imaginer le désarroi de feu Etienne Pradel, s’il avait vu ce genre de réalisation portant sa marque. De son temps, chaque couteau qui sortait de l’usine de la rue de Chateldon se devait d’être irréprochable, pour mériter qu’on y appose une ancre de marine. La mention Véritable Pradel, à l’époque, se méritait.

La curieuse histoire d’un petit couteau Véritable Pradel

vieux couteau véritable pradel collection reuz

vieux couteau véritable pradel collection reuzUn nouveau couteau qui entre dans ma collection, c’est toujours un grand moment, une émotion, comme un retour aux sources. Généralement, pour moi, c’est un Véritable Pradel (mes préférés), parfois aussi c’est un coup de cœur pour une autre marque, Brossard par exemple, pas très éloigné de Pradel, mais ça tourne toujours autour du même style de couteau, de la même famille. Le couteau de marin, à talon droit inspiré des couteaux anglais de Sheffield. Habituellement, je ne craque que pour de belles pièces, en excellent état, voire en état neuf (le fameux état neuf de stock), mais pas toujours. Il arrive de temps en temps qu’un couteau ait une valeur historique ou bien simplement qu’il ait du vécu. Une lame très usée, en mauvais état, rouillée, le couteau que personne ne veut, qui finira dans un grenier ou pire à la poubelle, ça me parle. Sur la lame, la mention Véritable Pradel, un marquage ancien, frappé à la main. Quel âge a-t-il ? D’où vient-il ? Quel est son histoire ? A-t-il traversé les océans, dans la poche d’un marin ? A-t-il été affûté sur une pierre de la digue, en revenant de pêche ? On ne le saura jamais, mais une chose est sûre. Ce couteau a vécu, il a souffert, il a servi, sans doute pendant plusieurs décennies. Quel dommage qu’il ne puisse pas parler, me raconter son histoire, de sa naissance à Thiers, probablement avant-guerre et de son incroyable parcours qui se termine aujourd’hui sur mon bureau, ici à Brest, au début du monde. Personne ne voulait de lui, il était fini, foutu, invendable, au bout du chemin. Ce couteau n’était fait pour personne, il était donc fait pour moi. D’ailleurs le vendeur lui-même ignorait qu’il vendait un symbole de la coutellerie thiernoise et du savoir-faire français.

C’est combien ce couteau ? « Cinq euro ». D’accord, je le prend. Drôle d’émotion que de se dire qu’on lui sauve la mise, à ce couteau. Après un bain d’eau tiède et savonneuse, il a retrouvé un peu d’éclat mais il porte encore les stigmates du temps. Manche bois, six rivets, dont l’un a été refait, un signe qui ne trompe pas. Le propriétaire de ce couteau était sans doute modeste et tenait à son couteau, lui. En ces temps anciens, quand quelque chose se cassait, on réparait, c’était du commerce durable avant l’heure. Aujourd’hui c’est tellement plus simple de jeter. Cela dit aujourd’hui, compte tenu de la qualité de fabrication navrante des couteaux, pour la plupart asiatiques, la question ne se pose même plus. Mais à l’époque, ce couteau-là a été réparé, pour qu’il serve encore et encore. Sa lame en acier carbone a été affûtée si souvent qu’elle a perdu la moitié de sa taille originelle. Après avoir servi loyalement, après avoir coupé dieu sait quoi, le petit couteau véritable Pradel a bien mérité son repos éternel. Sur mon bureau, il est le plus élégant et le plus précieux des coupe-papiers. Il ne finira pas dans une poubelle, parole de de brestois. Il continuera crânement de montrer au monde son marquage reçu il y a longtemps, à Thiers, des mains d’un artisan consciencieux. Une ancre de marine, promesse de voyages au long cours, par delà les océans.

Le couteau véritable Pradel, c’est une affaire famille.

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Un véritable Pradel, sinon rien.

Ce matin j’ai reçu un couteau. Un de plus ! Vous dirait ma dame qui ne comprend pas cette accumulation compulsive mais qui l’admet, ce qui est déjà un moindre mal. Compulsive, pas tout à fait. Passionnée, sans doute, impulsive, souvent, la plupart du temps. Et puis il ne s’agit pas de n’importe quel couteau. Ici pas de lame de Damas, pas de guillochage tarabiscoté, non. Un couteau c’est un manche, une lame et des rivets. Ça sert à couper, un couteau. C’est un objet utile, au quotidien, qui peut aussi vous sauver la vie. Un couteau comme ça, ça vient de Thiers, en France et nulle part ailleurs. Ce couteau-là, celui que j’aime, a été pensé à la moitié du 19è siècle par un thiernois du nom de Pradel Etienne et utilisé pendant des décennies par des générations de paysans et de marins et pas que des bretons, loin s’en faut. Des normands aussi. Tous les marins de l’hexagone, de Dieppe à Concarneau, de Brest à Marseille, de Dunkerque à Tamanrasset, tous ont eu un jour un couteau Pradel dans la poche et ce couteau a franchi avec eux les frontières du pays qui l’avait vu naître, pour parcourir toutes les mers du monde. Ironie du sort, l’un des tout premiers couteaux Véritable Pradel que j’ai acheté sur un site de vente aux enchères, il y a quelques années, venait d’un vendeur canadien basé à Terre-Neuve. Il s’agissait d’un couteau très ancien, datant probablement de la fin du 19è siècle, estampillé à la main d’une ancre et de la marque véritable Pradel. Ce couteau, trouvé dans un grenier de Terre-Neuve, était peut-être la propriété d’un marin breton ou normand qui avait quitté Saint Malo ou Fécamp pour venir pêcher la morue dans les estuaires de Saint-Laurent, sur les grands bancs de Terre-Neuve.

J’ai un attachement viscéral pour ce type de couteau, familial aussi. Dans la famille bretonne de mon père, qui puise ses racines dans le monde rural, à l’intérieur des terres, de Elliant à Melgven, de Beuzec-Conq à Rosporden, les employés ne quittaient la table que lorsque mon ancêtre, valet de ferme, avait replié son couteau. Dans la famille normande de ma mère, marins-pêcheurs de Dieppe, Henri Gréval, mon grand-père, promenait sa silhouette longiligne et claudiquante dans le quartier du Pollet et il y a fort à parier que dans la poche de son veston, il y avait aussi un couteau Pradel. L’un des premiers objets que j’ai trouvés dans le tiroir de la cuisine, chez mon beau-père Guillaume Marec à Douarnenez, qui fut marin pêcheur, puis officier dans la marchande, c’était un couteau Pradel. Le couteau reçu ce matin, lui, n’est pas un véritable Pradel, mais un véritable Brossard, estampillé de la célèbre cuillère. Mais qu’importe, il a la forme traditionnelle du couteau à talon carré inspiré des couteaux anglais de Sheffield, il est de la famille et surtout il fait partie de ces couteaux qu’on trouve encore aujourd’hui, avec un peu de chance, à l’état neuf. C’est ce que le collectionneur averti appelle un « neuf de vieux stock ». Trouver un couteau neuf alors qu’il a été fabriqué il y a trente ou quarante ans, voire plus, ça fait un peu plus qu’un petit plaisir. Les collectionneurs de couteaux sont aussi des conservateurs, des protecteurs de l’histoire.

De temps en temps, j’ouvre la vitrine, je prends un couteau en main, un véritable Pradel, un Brossard, ou un véritable faux Pradel, tant il est vrai que la marque a été honteusement plagiée. On croit souvent, à tort, que c’est le plagiat qui a tué l’entreprise crée par Étienne Pradel, rien n’est plus faux. Il suffit d’observer un couteau véritable Pradel, voire un véritable Brossard pour comprendre que c’est la perfection de la qualité du travail de nos maîtres couteliers qui a signé leur perte. J’ai dans ma poche depuis le tout début des années quatre-vingt le même couteau, un Collas médaille d’argent estampillé Pradel sur le talon de la lame, acheté sur le marché à un vendeur ambulant, devant les halles de Concarneau. La lame en acier carbone s’est usée, au fil du temps, certes, mais elle a encore de beaux jours devant elle, avant d’être remisée dans la vitrine. La trop grande qualité des produits thiernois n’a pas résisté à la concurrence des produits asiatiques et des pays passés maîtres dans l’art de la contrefaçon de masse à des prix dérisoires.

Le couteau Pradel, c’est plus qu’un couteau, c’est un héritage, une affaire de famille, un devoir de mémoire. Un bel objet né d’un savoir-faire séculaire, de paysans modestes qui travaillaient pour la coutellerie quand les occupations agricoles leur en laissaient le temps. Les ateliers de la rue de Barante à Thiers se sont tus, comme ceux de nombreux couteliers de la région thiernoise. En Bretagne aussi, la crise a durement touché celles et ceux qui vivaient de la pêche. Dans le quartier de Sainte Hélène à Douarnenez, on n’entend plus les sabots des artisanes rejoignant l’usine rouge au petit matin, on n’entend plus les marins pêcheurs sur Radio Conquet envoyant leur signal route-pêche. Pourtant. Tous les jours, je referme mon Pradel. Il fait ce bruit sec que je reconnaîtrais entre mille. Celui du couteau Pradel de mon grand-père Henri, de mes ancêtres, paysans et marin-pêcheurs. C’est ça. C’est plus qu’un simple couteau, c’est une fidélité à mes racines.

le couteau Véritable Pradel vous intéresse ? Je vous conseille la lecture de « Histoire d’un couteau » le livre de référence écrit par Joseph Pradel.